Opinions
La Chine, la Russie et la Corée du Nord
Par Any Bourrier, le 4 juin, 2009
Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale la Chine et la Russie ont été à tour de rôle les anges gardiens du régime nord-coréen. Staline a porté la République Populaire Démocratique de Corée sur les fronts baptismaux en choisissant l’un des chefs de la résistance à l’occupant japonais - le paysan Kim Il Sung - pour la diriger. Le soutien économique, financier, politique et militaire des Soviétiques a permis à la Corée du Nord de devenir, en dépit de la chute du communisme, ce qu’elle est encore aujourd’hui : une république populaire dotée d’un régime totalitaire, dirigée par un dictateur qui lui a imposé un système répressif basé sur la terreur. Staline, ” le petit père des peuples”, peut revendiquer une autre paternité, celle du programme nucléaire militaire nord-coréen. C’est en effet l’homme fort de l’Union soviétique qui a donné le feu vert pour le transfert de la technologie de l’atome à Pyongyang en vertu notamment de l’adhésion de la Corée du Nord au Pacte de Varsovie et de la présence en Corée du Sud de troupes américaines disposant d’un arsenal nucléaire.
La Chine a elle aussi contribué au renforcement et à la survie de son voisin en lui fournissant une aide militaire importante, en particulier pendant la guerre de Corée (1952).Elle y a envoyé des troupes pour soutenir l’avancée de l’armée du Nord qui voulait conquérir la partie de la péninsule coréenne située au Sud du 38ème parallèle. Plus d’un million de soldats chinois ont traversé alors la frontière et parmi eux le fils aîné de Mao Zedong, décédé lors d’un bombardement de l’aviation américaine. Pékin a ensuite donné sa bénédiction à la mise en place par Kim Il Sung quelques années avant sa mort en 1994 d’une dynastie rouge destinée à pérenniser le système.
Le gouvernement chinois a poursuivi sa politique de soutien sans conditions jusqu’à la fin des années 80. A l’époque, les changements survenus en Chine, notamment la transition économique, ainsi que la reprise des relations diplomatiques entre Pékin et Séoul ont quelque peu altéré la nature des relations sino nord-coréennes. Les dirigeants chinois sont devenus plus exigeants et les dons en provenance du grand frère du Nord ont fait place soit au troc soit à des relations commerciales classiques. Toutefois, la Chine n’a jamais cessé de soutenir diplomatiquement un pays dont elle est séparée par les fleuves Tumen et Yalou car la Corée du Nord a une position stratégique essentielle, dans la mesure où elle assure la sanctuarisation du territoire chinois. Le soutien diplomatique de Pékin a atteint son point culminant en 2003 lorsque le président Hu Jintao a proposé d’organiser des pourparlers à six sur le nucléaire nord-coréen qui se sont soldés par l’accord du 13 février 2007, aujourd’hui moribond en raison des retards et des manœuvres dilatoires des Nord-coréens.
Le deuxième essai nucléaire du 25 mai 2009, près de Kiju, un site proche de l’emplacement du premier essai d’octobre 2006, ainsi que la dernière série de tirs de missiles balistiques dont le point de départ a été le lancement d’un premier engin de longue portée le 5 avril dernier, ont été d’abord perçus, aussi bien à Moscou qu’à Pékin, comme une provocation.
Pour les dirigeants chinois, qui n’aiment pas perdre la face, la deuxième bombe nord-coréenne a eu l’effet d’un camouflet. Mais, après coup, ils s’en sont accommodés, arguant qu’en fait toute cette gesticulation se destine principalement à capter l’attention du président américain Barack Obama. Pékin n’a pas voulu se départir de l’attitude conciliante, légèrement en retrait, qui a marqué ces derniers mois ses relations avec son voisin. Les dirigeants chinois sont conscients que le démantèlement du programme nucléaire militaire nord-coréen est actuellement mission impossible, du moins tant que le règlement de la succession de Kim Jong Il n’est pas achevé. La diplomatie chinoise a choisi d’attendre la fin de ce processus - dont la principale caractéristique est la reprise en main des institutions par l’état major de l’armée - pour renouer des contacts à haut niveau à Pyongyang, tout en ménageant ses bonnes relations avec le petit cercle des descendants de Kim Il Sung qui gouverne aujourd’hui la Corée du Nord.
Pour la Russie, cette nouvelle crise nucléaire dans la péninsule coréenne est presque une aubaine. Car elle lui permet de revenir sur le devant de la scène, d’où elle avait été éloignée dans les années Eltsine, pour reprendre la place perdue après la chute du mur de Berlin. Sans avoir à se soucier des frontières ni de sa sécurité qui n’est pas menacée par le psychodrame qui se joue actuellement à Pyongyang, Moscou en profite pour faire des affaires. Ainsi, les Russes se sont engagés à construire les nouvelles infrastructures portuaires et ferroviaires dont le pays a besoin tout en préparant la mise en place de l’ambitieux projet d’implanter un pipeline qui, allant de la Sibérie Orientale à la Corée du Sud, traverserait toute la péninsule. Les Russes ne cachent pas leur ambition de monopoliser la fourniture de 25% des besoins énergétiques de Séoul. Une fois mis en œuvre, ce projet va représenter une manne financière pour la Corée du Nord puisque celle-ci recevra d’importantes sommes d’argent pour permettre le passage du pipeline par son territoire, Dans l’état actuel des choses les Russes évitent de pavoiser. Ils restent discrets et jouent en même temps la carte de la Corée du Sud, convaincus que cette dernière souhaite parvenir à une intégration économique avec le Nord afin de stabiliser la péninsule plutôt que de se battre pour une dénucléarisation qui ne viendra pas tant que la dynastie Kim restera au pouvoir à Pyongyang.
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Les Instituts Confucius, le soft power de la culture chinoise
Par Ariane GAFFURI, le 17 juin 2009
« La Connaissance est la clé du pouvoir, de la sagesse. » Confucius, Les Entretiens.
Longtemps repliée sur elle-même, la Chine, nouvelle puissance économique, s’ouvre au monde. Depuis les années 1990, elle manifeste une volonté de promouvoir une image positive d’elle-même à l’échelle internationale. Cette approche diplomatique, qualifiée souvent dans les médias au « soft power » (pouvoir doux) a été introduite il y a vingt ans par Joseph Nye, professeur de géopolitique à l’université de Harvard. Le « soft power » prend diverses formes : l’aide internationale, l’intégration aux institutions comme l’ONU et l’ASEAN, le développement des échanges commerciaux… Il se concrétise également par la diffusion de la langue et de la culture chinoise au travers des « Instituts Confucius », tablant là sur un résultat à long terme. Plus la Chine pourra communiquer dans sa propre langue, plus ses idées et son influence pourront être véhiculées dans le monde.
Le « soft power » est, selon Joseph Nye, « la capacité pour une nation d’obtenir ce qu’elle veut en attirant et en persuadant les autres d’adopter ses objectifs » - sans recourir aux méthodes coercitives du « hard power ». La Chine émergente bouleverse l’organisation de l’économie mondiale et suscite l’inquiétude. Aussi par cette transition douce elle se veut rassurante. Elle espère par ailleurs déjouer les critiques qui nuisent à ses intérêts sur la scène internationale.
Baptisés du nom du célèbre humaniste chinois du VI siècle avant JC qui prônait la soumission à une autorité vertueuse, les Instituts Confucius sont calqués sur le modèle de l’Alliance française, du Goethe-Institut ou du British Council. Ils fonctionnent en partenariat avec des universités ou des collectivités publiques. Le gouvernement chinois envoie un représentant officiel et des professeurs chinois pour enseigner le mandarin et la civilisation chinoise. Il subventionne ses partenaires jusqu’à 100 000 euros par an, selon le pays où il est implanté, en échange de la mise à disposition de locaux et de personnel administratif. Le Hanban, le bureau de la Commission pour la diffusion internationale du chinois, administre de Pékin ces Instituts à but non lucratif avec un budget de 25 millions d’USD (17,5 millions d’euros) par an.
La Chine met donc les moyens pour « approfondir les relations d’amitié avec les autres nations, promouvoir le développement multiculturel et la création d’un monde harmonieux », lit-on sur le site chinois Confucius Institutes On Line.
Les Instituts Confucius dans le monde
Un Institut pilote ouvre la voie à Tachkent, en Ouzbékistan en juin 2004. Le premier Institut Confucius officiel se créé en novembre 2004 à Séoul en Corée du Sud, suivi de celui de Stockholm en Suède en 2005. En 5 ans, la Chine a créé 249 centres dans 78 pays des cinq continents : aux Etats-Unis, en Allemagne, en Egypte, au Rwanda, au Mexique… Son objectif est d’ouvrir un millier de centres d’ici 2020.
Il existe actuellement 11 Institut Confucius en France. Le premier est inauguré en 2005 à l’université de Poitiers. Puis ont été ouverts ceux de Paris, Rennes, Arras, Strasbourg, La Rochelle, Clermont-Ferrand… Ces établissements offrent principalement des cours de mandarin et forment au diplôme de langue HSK - l’équivalent du TOEFL pour l’anglais - lequel atteste un niveau de chinois courant, permettant d’intégrer une université ou une entreprise chinoise. Dans le cadre du partenariat avec certaines universités, les Instituts Confucius proposent des cours de chinois juridique ou de chinois des affaires, de calligraphie, de Taï Chi Chuan, de gastronomie, ainsi que des séjours linguistiques en Chine, indique Anne Burande, chargée de mission à l’Institut Confucius de l’université de Paris 7-Diderot. Cet Institut, qui compte 300 élèves de chinois, a pour partenaire la Wuhan Institut, une université renommée en Chine. Pour Anne Burande, la Chine a une réelle volonté de communiquer à travers le monde. « Elle sait que le vecteur de la communication c’est la langue. C’est par la langue qu’on apprend à mieux se connaître. »
L’intérêt pour la langue chinoise en France ne se cantonne d’ailleurs pas aux seules universités. Il est proposé, avec le russe, aux élèves du secondaire, à partir de la quatrième. Notons que le chinois n’est pas une langue unique, mais une famille de langues parlées en Chine principalement. La plus répandue est le mandarin, dont est issu le mandarin simplifié ou « putonghua », en chinois « la langue commune » ainsi nommé suite à la réforme du mandarin traditionnel décidée par les autorités communistes après la création de la République Populaire de Chine en 1949. Parlée par plus de 800 millions de personnes, c’est la langue officielle de la Chine et de Singapour, le mandarin traditionnel étant la langue officielle de Taiwan.
« La langue chinoise est un jeu d’associations de caractères qui permet de créer un nouveau mot », explique Zhu Ming, professeur à l’Institut Confucius du Centre Culturel de Chine à Paris. Les cours de chinois, parlé, lu et écrit y sont dispensés selon les méthodes d’apprentissage de langue classique et s’échelonnent sur 7 niveaux. Il faut, dit-il, trois ans pour maîtriser 500 caractères et avoir acquis environ 800 caractères pour « comprendre et s’exprimer sur la vie quotidienne. » Un mois au début des cours est consacré à la prononciation pour aborder les différents tons : 4 forts et 1 léger. Le ton confère la signification au mot et, pour une même syllabe, correspond à des sens différents.
Clément-Noël Douady apprend le chinois depuis environ 7 ans et maîtrise environ 1 500 « mots ». Il suit parallèlement des cours de calligraphie et de Taï Chi Chuan à l’Institut Confucius de l’Université Paris 7-Diderot. Une autre difficulté, selon lui, est « la grande simplicité de la grammaire chinoise », puisqu’il n’y a pas de conjugaison en chinois. Un adverbe indique le temps, le genre… Cet architecte-urbaniste à la retraite, professeur invité à l’Université de Wuhan, a découvert la Chine lors d’un voyage professionnel. Depuis, il s’y rend régulièrement. « Malgré ce long parcours, je ne dirais pas que je parle couramment chinois, mais simplement que j’arrive à me faire comprendre dans les rapports essentiels, discuter avec quelques amis ou avec le chauffeur de taxi à côté duquel je m’assois volontiers à l’avant. »
Est-il nécessaire de savoir parler le mandarin pour communiquer ou négocier avec les chinois, alors que la langue internationale est l’anglais ? « Oui, le chinois est incontournable pour communiquer directement avec son interlocuteur », répond Zhu Ming. « Il n’y a pas que le travail ou la vente d’un produit dans une négociation. Il y a aussi les subtilités de la culture, les sentiments. »
Dessinateur de formation, Clément-Noël Douady s’est aussi initié à la calligraphie. Le dessin ci-dessous, dont il est l’auteur, est extrait du Dao de Jing ou « Livre de la Voie et de la Vertu » attribué au philosophe Lao-Tseu, un contemporain de Confucius. « J’ai d’emblée été fasciné par cette écriture qui ne transcrit pas les sons, mais évoque le sens par des images ou des symboles… Plus profondément elle renseigne sur l’esprit chinois. » L’écriture apporte une dimension culturelle et favorise la remise en question de la vision cartésienne occidentale, souligne-t-il, laquelle s’organise entre les extrêmes opposés, comme la droite et la gauche, le masculin et le féminin. « Lorsqu’on admet qu’il y a du ying dans le yang, on s’intéresse alors plus aux transitions, comme l’aurore ou le crépuscule ou à des combinaisons inimaginables chez nous, comme le socialisme de marché… On découvre aussi que notre individualisme n’est qu’une version des relations sociales possibles, tant ailleurs on donne plus d’importance à la famille, au groupe social, et même à la nation. »
Outre la langue, des conférences sur la Chine animées par des sinologues sont proposées dans les Instituts Confucius. Les thèmes sont multiples : la médecine chinoise, l’histoire de l’art, la Chine face à la mondialisation…. Toutefois, ils n’abordent pas les sujets qui fâchent. « C’est délicat. On ne veut froisser personne », confie Anne Burande, de l’université de Paris 7-Diderot. Au moment des manifestations de 2008 en France en faveur du boycotte des jeux olympiques de Pékin, « les jeunes professeurs chinois se sont sentis personnellement attaqués par les critiques françaises.» Toutefois, poursuit-elle, les mentalités évoluent puisqu’une conférence sur la situation des paysans chinois, un sujet sensible, a été bien accueillie.
Aujourd’hui le « soft power » fait partie de la politique étrangère chinoise partout dans le monde, peu importe le régime politique, la Chine se gardant bien le plus souvent d’intercéder dans les affaires extérieures de ses partenaires. Mais bien que cette transition douce soit manifeste dans l’Asie du Sud-Est, en Afrique et dans d’autres pays en voie de développement, elle reste limitée en Occident. Le bilan des droits de l’homme en Chine, son manque de transparence sur ses dépenses militaires, sa ligne politique vis à vis de Taiwan ou du Tibet inquiètent et affectent son capital de « soft power ».
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La Chine lance son premier Airbus
Par Ariane GAFFURI, le 22 mars 2009
Sichuan Airlines deviendrait la première compagnie aérienne à recevoir, au début de l’été 2009, un Airbus A320 construit et assemblé hors de l’Europe. Identique aux appareils produits par Airbus, l’A320 sortira de l’usine d’assemblage de Tianjin, filiale d’Airbus A320, située dans la ville côtière du même nom, à cent vingt kilomètres de Pékin. Inaugurée en septembre 2008, Tianjin est la troisième chaîne d’assemblage après celle de la France et de l’Allemagne. L’investissement total de l’usine est estimé entre 8 et 10 milliards de yuans (entre 1,17 et 1,47 milliards d’USD). Ce premier Airbus devrait effectuer son vol d’essai en mai 2009, un ou deux mois avant sa livraison. Le vol d’essai aura lieu à l’aéroport de Tianjin où une piste est en cours d’aménagement pour tous les vols d’essais des appareils de la famille des A320. Cette famille de mono couloirs Airbus de 100 à 220 sièges comprend les A318, A319, A320 et A321.
Un avion made in China mais coûteux
De l’aveu des dirigeants d’Airbus, l’A320 est plus cher à produire à Tianjin qu’à Toulouse ou à Hambourg. Malgré 600 millions de dollars d’investissements, les futures améliorations de la chaîne logistique, et la montée en puissance de l’usine, l’A320 made in China ne serait pas l’avion low-cost escompté. L’appareil aurait explosé les coûts de production européens en raison d’importants frais de transports par bateau de sous-ensembles fabriqués par des sous-traitants en Europe. Certains éléments effectuent d’onéreux vas et viens ! Les structures d’ailes, par exemple, sont partiellement fabriquées en Chine. Puis elles sont affrétées vers l’usine Airbus de Broughton dans le Pays de Galle pour l’installation d’équipements électriques. Enfin, elles retournent en Chine pour l’assemblage final. A ces dépenses, viennent s’ajouter celles liées à la formation du personnel chinois détaché en Europe et à la présence d’environ 180 ingénieurs français et allemands expatriés en Chine.
Stratégie du partenariat
Dans ces conditions, quel intérêt la coopération industrielle entre Airbus et l’industrie aéronautique chinoise a-t-elle ? L’objectif d’Airbus dans l’empire du Milieu est d’augmenter sa part de marché et de concurrencer Boeing, majoritaire dans le pays. L’avionneur américain y détient deux tiers du marché, un marché estimé à 300 milliards de dollars dans les quinze prochaines années. Ce partenariat avec la Chine a permis à Airbus de passer de 4 % des parts de marché en 1995 à 39 % en 2008. Avec 470 avions en service en Chine, Airbus détient 40 % de la flotte des plus de 100 sièges. Il prévoit de livrer entre 70 et 80 appareils en 2009 - dont 11 de la famille A320 assemblés à Tainjin. L’usine devrait aussi fabriquer 4 avions par mois avant fin 2011 - tous destinés au marché chinois. La Chine aurait commandé à Airbus plus de 700 avions.
Mais face à la crise financière qui frappe le marché du transport aérien dans le monde, ces objectifs seront-ils atteints ? « Pour le moment, nous nous en tiendrons à notre plan », a déclaré Laurence Barron, président d’Airbus China à Radio Chine Internationale. Toutefois, a-t-il reconnu, la production pourrait être revue à la baisse et les commandes de nouveaux appareils pour 2009 pourraient être reportées ou annulées.
Une Chine ambitieuse
Même si, pour l’heure, la Chine n’est pas l’éden low-cost des constructeurs, le pays reste un concurrent à ne pas négliger. Un accord renforçant la coopération d’Airbus avec son partenaire chinois Xian Aircraft Industry (XAC) permettra prochainement d’assembler des ailes complètes pour les A320. Elles seront alors achevées à Tianjin, évitant ainsi les coûteux allers-retours en bateau entre la Chine et l’Europe.
De plus, Airbus et un groupe de partenaires industriels chinois ont signé en janvier 2009 un contrat de joint-venture pour l’implantation d’un nouveau centre de production à Harbin, au nord est de la Chine. L’usine produira des éléments et des pièces en composites destinés à la fabrication du programme A350, le futur biréacteur long courrier, et aux appareils de la famille A320 d’Airbus. Il devrait être opérationnel d’ici 2010.
L’aéronautique chinoise poursuit son envol, ce qui inquiète certains observateurs occidentaux. Le pays réussira-t-il, à terme, à concevoir son propre gros-porteur ? C’est en tous cas son intention. La Commercial Aircraft Corporation of China (CACC), le nouveau constructeur inauguré en mai 2008, ambitionne de construire un avion de 150 places – prévu pour 2020 -susceptible de concurrencer Airbus et Boeing. Basée à Shanghai, l’usine de fabrication produit actuellement, de façon indépendante, un premier jet régional (l’ARJ21) et a déjà reçu 208 commandes en Chine et à l’étranger. Dotée d’un capital de 1,8 milliards d’euros, la CACC est détenue à 30 % par l’État. Airbus conserve une large marge d’avance, mais il subit comme partout les conséquences de la crise. Il devra pour rester en tête accélérer « la recherche et l’investissement technologique », a confié récemment Louis Gallois président de EADS (European Aeronautic Defense and Space) au journal Le Monde. Sinon, concède-t-il, « les Chinois et les Indiens prendront le relais ».
24 ans de coopération Industrielle entre Airbus et la Chine
En 1985, la Civil Aviation Administration of China de Shanghai (CAAC), aujourd’hui China Eastern Airlines, est devenue le premier transporteur chinois à exploiter des appareils appartenant aux compagnies européennes. Les contrats attribués aux compagnies aéronautiques chinoises pour fabriquer des éléments d’Airbus se sont ensuite succédés, ainsi que les commandes. Initiée en 2000, la coopération de la Chine avec Airbus s’est déroulée en phases successives pour se concrétiser en 2006 par la création d’une joint-venture entre Airbus et Xian Aircraft Industry (XAC), filiale à 100 % de l’avionneur public China Aviation Industry Cooperation (AVIC). En 2005, les constructeurs chinois ont livré à Airbus pour 34,5 millions de dollars de composants avion. Le produit annuel global du partenariat industriel entre Airbus et les compagnies aéronautiques chinoises s’élèverait à environ 200 millions de UDS en 2010 et 450 millions d’USD en 2015. Plus de la moitié des 5200 appareils Airbus en service auprès d’environ 290 utilisateurs dans le monde est équipée d’éléments fabriqués en Chine.
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La Chine hésite
Par Any Bourrier, le 8 mars 2009
Début mars, l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée Nationale Populaire est un évènement considérable pour les 2 985 délégués des provinces et régions autonomes chinoises. C’est l’occasion pour les gouverneurs des provinces et des potentats locaux, des parlementaires non élus puisque cooptés par le Parti communiste, de se rendre à Pékin, de côtoyer le pouvoir, de parader face à la presse de la capitale et, au moment de la conclusion des débats, d’approuver de bon gré les lois et les décrets préparés à l’avance par le Bureau Politique.
Cette année, la crise financière mondiale aidant, les députés se sont réunis place Tian An Men avec d’autres soucis. Certains voulaient soumettre au gouvernement leurs propres projets d’investissements, préparés dans le cadre du plan de relance de novembre 2009 qui va injecter dans l’économie chinoise environ 466 milliards d’euros. La somme des revendications financières des parlementaires était tout simplement quatre fois supérieure au montant du plan annoncé. Ils espéraient obtenir satisfaction car depuis quelques jours, le gouvernement distillait au compte-gouttes, comme c’est son habitude, des rumeurs sur l’annonce d’un plan de soutien à l’économie de plus de 1 100 milliards d’euros. La Bourse de Shanghai avait même anticipé la nouvelle, avec un bond de 6% la veille de l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée.
Mais d’annonce, point. Le plan de relance de l’économie chinoise ne fera pas le gouvernement débourser davantage que les 466 milliards d’euro alloués en novembre 2008. Ceux qui s’attendaient à une rallonge, voire à un doublement de la manne pour sauver l’économie mondiale, seront déçus. Le discours de deux heures du Premier Ministre Wen Jiabao sur l’état de la nation l’a confirmé : la Chine n’a pas envie de porter secours à l’économie mondiale ni d’aider les marchés. Ses dirigeants se disent confiants dans les perspectives du marché intérieur et espèrent maintenir le taux de croissance autour de 8% « pour développer l’emploi, augmenter les revenus et protéger la stabilité sociale » comme l’a répété Wen Jiabao.
Que s’est-il passé au sommet de l’Etat chinois ? Pourquoi ce flottement entre les rumeurs distillées et le discours du Premier ministre ? Certains observateurs avaient déjà noté que l’extension du plan de relance était à l’origine de quelques tiraillements entre les deux clans dominants du Bureau politique. Pour les conservateurs, aucune nouvelle mesure ne devait être prise avant de connaître les résultats du plan décidé en novembre. Pour les défenseurs d’une approche plus dynamique, il était temps « d’agir plus rapidement et de prendre des mesures plus fortes », comme l’a déclaré le gouverneur de la banque centrale Zhou Xiao-chuan. Ceux-ci sont persuadés que la crise financière mondiale est en train de miner le modèle économique basé sur les exportations mis en œuvre dans les années 80. Il est vrai que dans le Guandong, la principale province exportatrice chinoise, elles ont chuté de 20% en février.
Sans vouloir entrer dans le débat sur les orientations futures de l’économie chinoise, le Premier ministre a dévoilé les principales mesures de relance que son gouvernement envisage pour les douze prochains mois. D’abord, des programmes pour développer les infrastructures et le secteur BTP. Ensuite, des investissements dans l’éducation, la santé et le logement, notamment pour la population des campagnes. Les paysans, qui sont au centre des préoccupations des dirigeants chinois en raison des risques de révolte ou de jacquerie dans les zones rurales, auront eux aussi leur part du gâteau. Enfin - est c’est le volet le plus innovateur de la stratégie anti-crise chinoise - il est prévu de donner un coup de fouet à la consommation intérieure pour pallier à la chute des exportations. L’Etat chinois envisage en effet d’investir lourdement dans la création d’un système de sécurité sociale moderne. Comme en Chine l’assurance maladie et les pensions de retraite sont quasi inexistantes, les Chinois ont tendance à épargner pour assurer leurs vieux jours. Or, l’Etat souhaite que les épargnants puisent dans leurs matelas de yuans pour consommer davantage et ainsi rendre plus dynamique le marché intérieur chinois afin de combler le vide de la demande extérieure qui fait défaut.
Les autorités chinoises affichent depuis le début de ce rendez-vous politique annuel un optimisme sans faille. Avec un taux oscillant entre 6,5 et 8% cette année prévu aussi bien par son gouvernement que par le FMI, la Chine reste le champion mondial de la croissance. Contrairement aux économies occidentales qui s’enfoncent dans le rouge, la chinoise semble vouloir repartir, notamment dans le secteur de la production de biens de capital : les importations de matières premières ont repris et avec elles la production industrielle. Parallèlement, la Chine déploie une activité sans précédent sur la scène internationale. Après la tournée du Premier Ministre Wen Jiabao en Europe, c’est le ministre du commerce extérieur Chen Deming qui est venu faire des emplettes. Profitant de ses réserves de change d’environ 2 000 milliards de dollars, Pékin envisage en effet de profiter de l’éclatement des bulles en Occident pour y acheter à bas prix aussi bien des entreprises que des biens immobiliers.
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